Exposition: Agne/Martine Rey

Artiste:
Date: 03/06/2015 - 20/06/2015


Mon travail artistique depuis 30 ans est étroitement lié à l'objet chargé de la poignante mélancolie des choses par laquelle au Japon, un sens est donné à la vie dans ce qu'elle porte d'éphémère et d'intemporel, et par l'utilisation de UKUSHI (laque végétale, vernis naturel), matériau précieux dont je suis tombée " amoureuse " lors de mes études au Japon.


De cette conscience aiguë de la fragilité du réel, la préciosité de la laque dans son usage et sa place dans l'espace japonais révèle la part essentielle du sensible. La délicatesse du toucher, la sensualité de la caresse éveillent une attitude intime, délicate et sacrée. La laque végétale n'a pas en France d'histoire ni de référence qui lui permette dans son usage d'être appréciée comme ce médium spécifique.


Aussi m'est il apparu nécessaire de retourner le propos : surtout ne pas créer des objets pour lesquels la laque ne serait que redondante voire déplacée, mais trouver des objets avec leur histoire et changer le statut du regard sur ces objets en employant la laque. La laque prend alors sa valeur de matière précieuse par contraste. Au lieu de protéger ou de servir une décoration, un effet surface, un effet reflet, elle sert à donner un statut de reliques, de talismans aux objets ordinaires mais chargés d'histoire, (d'une histoire), aux objets anonymes, abandonnés, délaissés.


 


Le Ma au Japon est « l'entre-deux », comme un milieu entre rien et tout, entre le néant et l'existant...c'est cette notion de l'espace, d'entre-deux, d'interstice, que j'aime faire contenir aux stimulaques, nés de ces intervalles entre les doigts de la main .Elle est au cœur même du processus de création. De même dans les espacements fluides silencieux ou bavards des bâtons magiques la laque est là pour marquer le temps qui passe et s'inscrit sur les bois, elle est le lien, l'interstice de la mémoire.


 


Martine Rey décembre 2008






Galerie d'images