Exposition: Véronique OGNAR

Artiste:
Date: 10/04/2013 - 05/05/2013


Chronique du temps suspendu.
L’opportunité d’un entretien dans l’atelier de l’artiste me permit d’entrevoir le monde lyrique de Véronique Ognar…
Il faisait gris ce jour-là et dans la lumière blafarde d’un après-midi de décembre, les éclats du verre, partout présents dans son lieu de travail, introduisaient la clarté qu’elle s’ingéniait à transférer à ses œuvres.
Au cœur de l’atelier semblait régner le désordre dans l’accumulation de tout un tas d’objets en attente de transformation.
Comme les artistes du mouvement « Arte Povera », cette plasticienne utilise, sans hiérarchisation, toutes sortes de matériaux qu’elle assemble dans des compositions d’où se dégage une immense poésie.
Son attirance pour des matières de nature différente, lui fait marier au verre l’acrylique, le quartz, le plomb, le platine, le papier, le bois…des jeux d’oppositions hétérogènes visuels et tactiles, entre transparence et opacité, précieux et ordinaire, fragile et résistant, le lisse et le rugueux, le lisible et l’illisible … Cette quête de la récupération poussée aux limites, une empreinte se substitue alors à la matière avec laquelle elle a établi une relation d’intimité. Cette empreinte survit en mémoire à la surface froissée du verre.
Lorsque qu’elle utilise le béton elle recherche la contrainte de la « prise » rapide qui infléchit considérablement son travail en l’obligeant à agir très vite. Quand le moment est venu, elle dispose de peu de temps pour graver la matière, elle copie ainsi l’Urgence du geste de celui qui écrit sur les murs.

« Les murs » de Véronique Ognar sont à l’image des murs de la ville, marqués de failles, d’accidents, de lézardes, ils deviennent le support où s’insère le message fait de signes, de lettres, de dessins, de gravures, de slogans, de collages… spontanés, inédits et surtout éphémères.
Ces graffitis qui souvent nous dérangent, salissent notre quotidien en s’y glissant de façon intrusive, font partie intégrante de la matière qui compose ses bas-reliefs. Elle les collectionne du regard, les prend en photos pour mémoire, puis les intègre à sa peinture, mais elle les restitue sous forme dépaysée. En les réinterprétant, les métamorphosant, elle en détourne le caractère illicite.

Elle m’a dit s’intéresser déjà à la gravure et la typographie lorsqu’elle était étudiante aux Beaux-Arts (dont elle est diplômée avec mention) et indéniablement ces techniques servent son travail aujourd’hui.
Dans ses réalisations, écriture et geste dominent, lorsque qu’elle écrit, elle dessine… Elle dessine avec le verre qui devient ruban, qui devient trait…elle dessine dans le verre, elle grave…

Depuis une vingtaine d’année, Véronique Ognar se concentre sur les interactions entre lumière et matière en réalisant des tableaux et des volumes dans lesquels sont intégrés des éléments de verre. Le verre a, dans son œuvre, une fonction protectrice pour les mots, les collages et dessins qu’il recouvre. Il joue, également, un rôle de mise en valeur, le verre devenu vitrine conférant aux mots un caractère précieux.

Ses œuvres sont une collection d’objets mémoires dans lesquels sont compilés les mots de la ville, une recherche sur « la mise en vitrine du langage éphémère de la rue ».
Ses volumes de verre et ses « Bas-reliefs » procèdent d’une quête intime, une réflexion sur l’usure et la fuite du temps, réflexion qu’elle conduit depuis les origines de son exercice.
Son « œuvre en verre » est souvent inspirée du milieu urbain. Mais, si elle revendique le mot « Urbain » pour qualifier son travail, il ne faut y voir aucune association avec les mouvements d’arts Urbains. Il est évident qu’elle n’est pas dans une démarche de « Street-Art » Pour elle, la rue est, avant tout, une source d’inspiration. La ville, lieu qu’elle explore, où elle se perd et où elle se trouve, la ville est faite de béton, de métal et de verre, son travail en est la projection.

L’ensemble de son ouvrage contient le thème de l’érosion des choses, de l’usure interrompue.
Souvent ses œuvres sont l’illustration d’un moment qui s’écoule, l’illustration de sa lutte contre la pesanteur du temps, sortes de grands sablier de verre, « des verriers » devrais-je dire, d’où le temps fuit inexorablement, fondant en « goutte à goutte ».
Lourdes et froides, ces gouttes, sont, dans l’instant, immobiles, comme si le temps « gelé » était suspendu. L’œuvre est figée, mais d’autres gouttes auparavant se sont répandues, rongeant la surface du mur avant de glisser au sol.
Créer devient alors pour elle un de moyen de s’affranchir du temps, d’échapper au néant.
Dans son univers, l’acte complexe de communiquer est devenu plus simple.







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